Jean Ferrat – Nuit et Brouillard

Ferrat chante la mort de ces milliers de juifs morts sans combat, durant la 2e guerre, et il rend aussi hommage à son père juif russe disparu dans Auschwitz. Le titre fait un lien avec la consigne de Hitler qui débuta le genocyde juif de ’42.

C’est aussi la chanson où ont été puisés la plupart des prénoms de ma famille, ne manquant que Caroline, qui a su prendre une place toute prise.

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers

Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés

Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants

Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent


Ils se croyaient des hommes, n’étaient plus que des nombres

Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés

Dès que la main retombe il ne reste qu’une ombre

Ils ne devaient jamais plus revoir un été


La fuite monotone et sans hâte du temps

Survivre encore un jour, une heure, obstinément

Combien de tours de roues, d’arrêts et de départs

Qui n’en finissent pas de distiller l’espoir


Ils s’appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel

Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou

D’autres ne priaient pas, mais qu’importe le ciel

Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux


Ils n’arrivaient pas tous à la fin du voyage

Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux

Ils essaient d’oublier, étonnés qu’à leur âge

Les veines de leurs bras soient devenues si bleues


Les Allemands guettaient du haut des miradors

La lune se taisait comme vous vous taisiez

En regardant au loin, en regardant dehors

Votre chair était tendre à leurs chiens policiers


On me dit à présent que ces mots n’ont plus cours

Qu’il vaut mieux ne chanter que des chansons d’amour

Que le sang sèche vite en entrant dans l’histoire

Et qu’il ne sert à rien de prendre une guitare


Mais qui donc est de taille à pouvoir m’arrêter ?

L’ombre s’est faite humaine, aujourd’hui c’est l’été

Je twisterais les mots s’il fallait les twister

Pour qu’un jour les enfants sachent qui vous étiez


Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers

Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés

Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants

Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent