à Claude
un article a été écrit à propos de mon père il y a quelques années, en voici l’extrait:
L’homme qui défaisait des granges paru dans le journal La Presse du dimanche 19 août 2001 journaliste: Gérald LeBlanc

Lac Labrie, Côte-Nord — Il fut un temps avant que la tendance ne pointe vers la mélamine ou le métal, où tout le monde voulait quelques planches de bois de grange, dans son salon ou au sous-sol de son bungalow de banlieu.
Cette vogue des années 60-80 n’a rejoint Claude Michaud qu’en 1994, alors qu’il prenait sa retraite et pouvait enfin consacrer son temps à sa passion pour les antiquités. Il se mit d’abord à ramasser pour meubler sa propre demeure, mais la découverte d’un lot d’une centaine de belle cruches en grès l’a transformé en commerçant, surtout en restaurateur de meubles antiques, métier qui lui permet de mettre à profit ses talents d’ébéniste-artisan.
“Le vieux bois, raconte-t-il, surtout le vieux pin, coûtait cher, jusqu’à 300-400$ le voyage de ma petite remorque. C’est alors que m’est venue l’idée d’utiliser du bois de grange. Comme il n’y a pas de troupeau laitier sur la Côte-Nord, on n’y trouve cependant à peu près aucune grange”, raconte l’ancien cadre de la commission scolaire originaire d’Edmunston, dans l’Acadie du Nouveau-Brunswick.
Lors d’un voyage de vacances sur la Rive-Sud en 1997, M.Michaud a vu, près de St-Jean-Port-Joli, une belle vieille grange, manifestement abandonnée. S’étant informé, il eut l’agréable surprise d’apprendre que le propriétaire ne réclamait que 500$ pour son vieux bâtiment.
“Je suis revenu avec ma fourgonnette et ma remorque, quelques échelles, des grappins et des barres à clou. Il m’a fallu un mois pour la démolition et une dizaine de voyages pour ammener les planches à Cap-Chat (la demeure de sa compagne) et au Lac Labrie, où j’ai commencé à faire des provisions, d’abord dans mon hangar, puis ailleurs dans la cour.”
Il y eut ensuite une deuxième démolition de grange à Donnacona, près de québec, en 2000, et une troisième ce printemps à Warwick, dans les Cantons-de-l’Est, les propriétaires ayant dans ces deux cas cédé gratuitement les bâtiments désaffectés.
“Je procède toujours de la même façon. J’essaie de vendre sur place tout ce dont je n’aurai aucun besoin, les poutres et la tôle par exemple, et je transporte les planches chez moi ou à Cap-Chat et même à St-Gervais-de-Bellechasse, chez un ami, car j’irai probablement aussi travailler près de québec, où plusieurs personnes aimeraient recourir à mes services.”
M. Michaud a maintenant suffisamment de bois pour le reste de sa vie sur la planète Terre. Le tout est entassé dans son hangar, recouvert comme il se doit en bois de grange, près de sa maison bâtie en bordure du Lac Labrie, à mi-chemin entre Sept-Iles et Port-Cartier, à la même sortie de la route 138 que le centre de ski de la région.
Une maison de collectionneur avec un poêle à bois Bélanger de Montmagny, daté de 1906, et une collection de meubles antiques où les véritables antiquités alternent avec les reproductions sorties de la main du propriétaire.
Lors de notre passage, M. Michaud mettait la dernière main à trois ‘banc de quêteux’ qu’il devait livrer à Sept-Iles la semaine suivante.
“Je ne travaille que sur commande et ce sont surtout des jeunes couples de 25-30ans prêts à emménager, qui me demandent des armoires ou des bancs.
J’aime bien travailler avec le bois, un matériau qui a une âme, surtout le bois de grange, épais et solide, sur lequel le temps a laissé sa marque. Tout en m’occupant chaque jour de la semaine, j’ai l’impression de donner une seconde vie à ce bois, de prolonger la durée de notre patrimoine.”
sa participation au Salon des Artisans de Sept-Iles l’été dernier et son passage à l’émission La Semaine Verte de Radio-Canada, en janvier, lui ont attiré une nouvelle clientèle.
Les trois granges démolies depuis quatre ans lui ont permis d’accumuler une réserve suffisante, croit-il, pour répondre à la demande grandissante.
Vous pouvez voir aussi une sélection de photos où on montre quelques meubles qu’il a construit.
Mon père est décédé en mai 2007, alors son travail sera notre seul souvenir de lui…
























